Nous ne pouvons nous désintéresser de l’Europe, qui est pour nous comme une seconde patrie, une famille de nations, toutes marquées profondément par le christianisme dès le Moyen Age. D’où son homogénéité culturelle, bien attestée par ses innombrables clochers. Quelle différence avec, par exemple, le continent africain !
II y a plus d'un demi-siècle, nous sortions d'un désastre, fruit d'une idéologie meurtrière, nous pleurions des millions de morts innocents. Mais après l'euphorie de la victoire, nous entrions dans une période de paix et la prospérité économique inouïe qui, malgré mai '68, nous rendaient aveugles au danger d'une nouvelle idéologie basée sur les mêmes racines que la précédente. Sans parler du communisme, dont les victimes allaient se compter par dizaines de millions.
Etourdis par l'Etat providence, nous n'avons pas pris la juste mesure de cette menace qui a ravagé les esprits à tel point qu'aujourd'hui nous voyons poindre à l'horizon la fin de notre civilisation, rongée par la dénatalité, fruit pervers de notre quête du plaisir et de l'utilitarisme ; elle est considérée comme un fait accompli, une simple fatalité dans notre histoire.
Est-ce une réalité ?
Le moment n'est-il pas arrivé de nous demander où nous entraînent nos calculs terre-à-terre, nos aspirations à une liberté et à une jouissance sans frein? L'extension précipitée de l'Union européenne doit nous inspirer un examen de conscience sur notre identité et un retour à l'essentiel.
Disons déjà que cette œuvre de technocrates est orientée essentiellement vers les aspects économiques, la culture n'y figurant que comme parent pauvre, Dénonçons aussi la méconnaissance du principe de subsidiarité, témoignant d'une volonté de centralisation réduisant en fantômes les Etats membres. Et avec le million de signatures requises, les populations n'ont aucune chance d'obtenir une révision. Nous voudrions, dans les semaines qui suivent, nous pencher sur les failles de la pensée contemporaine dans la perspective d'une Europe politique en voie de réalisation. Nous parlerons donc du projet de la Constitution sans avoir l'ambition d'en relever les manquements de manière exhaustive, mais simplement mettre en évidence les problèmes fondamentaux « oubliés ».
C’est que l’idée de départ des Pères fondateurs, SCHUMAN, ADENAUER, de GASPERI, s’est progressivement effacée, débouchant sur un projet de Constitution qui ne peut nous satisfaire. Il lui manque, en effet, une vision humaniste et un contenu éthique et culturel à même de susciter l’adhésion empressée des populations.
Jacques Delors définissait l'Europe comme un objet politique non identifié...Un autre disait que les limites de l'Europe étaient celles de la démocratie...Qu'est-ce que cela veut dire ? Voilà qui est enthousiasmant !
