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EUROPE et DEMOCRATIE 2009

Les adversaires du Traité de Lisbonne connaissent bien son article 48, désigné par les Français comme la " clause-passerelle ", qui permet d'en modifier les termes facilement.

"Par un seul accord intergouvernemental - explique Declan Ganley1 - sans besoin d'en référer aux citoyens où que ce soit, ils peuvent introduire n'importe quel changement à ce document constitutionnel, ajouter tout nouveau pouvoir, sans devoir consulter un électorat où que ce soit ".

Cet article coupe donc le dernier fil qui reliait encore l'Union européenne aux populations de l'Europe. Maintenant que l'Irlande a dit yes, l'Union européenne n'aura plus aucune intention ni aucune raison de consulter l'électorat européen.

Pourquoi le ferait-elle d'ailleurs puisque les derniers référendums ont démontré un désaveu croissant de l'Union, ses institutions et ses traités.

Le deuxième référendum irlandais prouve suffisamment le mépris des décideurs européens pour la démocratie. Interpréter un vote négatif en disant : " Vous n'avez rien compris : on recommence l'année prochaine ", est déjà en soi un déni de démocratie.
Il est piquant de constater que personne ne s'est inquiété de savoir si les Irlandais avaient bien compris la deuxième fois.

Il faut dire qu'ils avaient été assez conditionnés par une campagne omniprésente en faveur du Traité de Lisbonne, dans laquelle l'Union européenne a injecté 1,5 million d'euros. Les Irlandais ont été soumis à un chantage économique par lequel l'Union européenne, mais aussi des sociétés privées comme Intel et Microsoft, ont promis, ouvertement ou à mots couverts, des conséquences fâcheuses si le résultat de la consultation était encore négatif.

Même les évêques irlandais ont prêché en faveur du Traité de Lisbonne. Noel Treanor, évêque de Down et Connor a dit que les catholiques pouvaient voter pour, " sans réserve et en bonne conscience ", une déclaration que les doutes exprimés en dernière minute par le cardinal Bertone n'ont pas pu atténuer.

Le Premier ministre, Brian Cowen, a affirmé qu'il avait obtenu des " garanties légales " de l'Union européenne concernant l'avortement. Mais il sait très bien que c'est du vent : si l'Union européenne renonce aux pressions légales sur l'Irlande en faveur de l'avortement, elle sait qu'il existe d'autres moyens ou que le temps suffira à faire changer les choses.
Par quelque côté qu'on le regarde, ce deuxième vote irlandais est une arnaque totale. Avec la signature de Vaclav Klaus, le dernier verrou garantissant les Européens a sauté. On aurait espéré davantage de résistance de la part du Président tchèque ou, au minimum, sa démission, mais apparemment il n'y tenait pas plus que ça.

Ainsi donc l'ère des consultations européennes est close. Il n'y aura probablement plus de référendum.

On peut penser que tout se décidera dorénavant entre politiciens bénéficiant de l'aval servile du Parlement européen où seuls les grands groupes ont voix au chapitre. Dorénavant l'intérêt des peuples d'Europe ne sera plus défendu, ni même mentionné, dans les enceintes eurocratiques car il sera toujours devancé par les intérêts particuliers de puissances financières ou commerciales, ou toujours sacrifié à des intérêts stratégiques étrangers qui ne se soucient guère de l'avenir de l'Europe. "

"Nous voulons que l'Europe se fasse - disait Kissinger - mais qu'elle se fasse mal. " C'est en très bonne voie : l'Europe s'appauvrit et l'islamise à grande vitesse et les Européens sont traités comme du bétail que l'on tond et vaccine en toute liberté.

Une hyper-classe européenne se consolide de jour en jour grâce aux avantages financiers colossaux que s'attribuent les privilégiés du système (commissaires, députés, fonctionnaires).

" L'euro-mondialisme se renforce - dit Bruno Gollnisch - avec son interventionnisme coercitif. Il ne pense qu'à s'étendre, demain à la Turquie, après demain à Israël.2"

L'Union européenne se retrouve dans la même logique de développement que l'Union soviétique. Il n'est pas étonnant qu'elle en reprenne les pratiques.

Mais il s'agit d'une Union soviétique " dans un déguisement occidental ", comme disait Vladimir Boukovsky, avec une propagande soft, mais insistante, non contredite, avec des faux débats, des élections purement rituelles, des médias aux ordres, faisant semblant d'être critiques, mais en réalité évitant toujours les questions vitales. La population de l'Union soviétique a perdu sa liberté dans une révolution, sanglante et brutale, qu'elle pouvait clairement marquer dans l'histoire.

La population de l'Union européenne n'aura pas cette consolation car il lui sera impossible de dire à quel moment précis elle a perdu sa liberté. Elle n'aura même pas conscience de l'avoir perdue puisque tout cela s'est fait démocratiquement
.

Mais les peuples d'Europe n'ont pas dit leur dernier mot. La Suisse vient de donner une leçon à la classe dirigeante et à ses alliés les médias.

Des passions et des vertus que l'on croyait endormies à jamais vont se réveiller face à l'arrogance de l'eurocratie. Ce réveil est en marche aujourd'hui. On l'a vu lors des dernières élections européennes et on le voit encore chaque fois que le contraste apparaît entre les Européens et leur classe dirigeante.

L'Union soviétique européenne cherchera à écraser le mouvement. Elle aura bien de la peine. Depuis le vote irlandais, sa crédibilité est fort abîmée. Cette victoire a multiplié ses ennemis sur plusieurs fronts. Depuis la votation suisse, la vague est en marche et on ne l'arrêtera pas.

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1 The Wall Street Journal Europe, 11-13 septembre 2009.

2 Minute, 14 octobre 2009.

Christophe Buffin de Chosal