Les adversaires du Traité de Lisbonne connaissent bien son article 48, désigné par les Français comme la " clause-passerelle ", qui permet d'en modifier les termes facilement.
Cet article coupe donc le dernier fil qui reliait encore l'Union européenne aux populations de l'Europe. Maintenant que l'Irlande a dit yes, l'Union européenne n'aura plus aucune intention ni aucune raison de consulter l'électorat européen.
Pourquoi le ferait-elle d'ailleurs puisque les derniers référendums ont démontré un désaveu croissant de l'Union, ses institutions et ses traités.
Il faut dire qu'ils avaient été assez conditionnés par une campagne omniprésente en faveur du Traité de Lisbonne, dans laquelle l'Union européenne a injecté 1,5 million d'euros. Les Irlandais ont été soumis à un chantage économique par lequel l'Union européenne, mais aussi des sociétés privées comme Intel et Microsoft, ont promis, ouvertement ou à mots couverts, des conséquences fâcheuses si le résultat de la consultation était encore négatif.
Même les évêques irlandais ont prêché en faveur du Traité de Lisbonne. Noel Treanor, évêque de Down et Connor a dit que les catholiques pouvaient voter pour, " sans réserve et en bonne conscience ", une déclaration que les doutes exprimés en dernière minute par le cardinal Bertone n'ont pas pu atténuer.
Ainsi donc l'ère des consultations européennes est close. Il n'y aura probablement plus de référendum.
On peut penser que tout se décidera dorénavant entre politiciens bénéficiant de l'aval servile du Parlement européen où seuls les grands groupes ont voix au chapitre. Dorénavant l'intérêt des peuples d'Europe ne sera plus défendu, ni même mentionné, dans les enceintes eurocratiques car il sera toujours devancé par les intérêts particuliers de puissances financières ou commerciales, ou toujours sacrifié à des intérêts stratégiques étrangers qui ne se soucient guère de l'avenir de l'Europe. "
Une hyper-classe européenne se consolide de jour en jour grâce aux avantages financiers colossaux que s'attribuent les privilégiés du système (commissaires, députés, fonctionnaires).
" L'euro-mondialisme se renforce - dit Bruno Gollnisch - avec son interventionnisme coercitif. Il ne pense qu'à s'étendre, demain à la Turquie, après demain à Israël.2"
L'Union européenne se retrouve dans la même logique de développement que l'Union soviétique. Il n'est pas étonnant qu'elle en reprenne les pratiques.
Mais les peuples d'Europe n'ont pas dit leur dernier mot. La Suisse vient de donner une leçon à la classe dirigeante et à ses alliés les médias.
Des passions et des vertus que l'on croyait endormies à jamais vont se réveiller face à l'arrogance de l'eurocratie. Ce réveil est en marche aujourd'hui. On l'a vu lors des dernières élections européennes et on le voit encore chaque fois que le contraste apparaît entre les Européens et leur classe dirigeante.
L'Union soviétique européenne cherchera à écraser le mouvement. Elle aura bien de la peine. Depuis le vote irlandais, sa crédibilité est fort abîmée. Cette victoire a multiplié ses ennemis sur plusieurs fronts. Depuis la votation suisse, la vague est en marche et on ne l'arrêtera pas.
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1 The Wall Street Journal Europe, 11-13 septembre 2009.
2 Minute, 14 octobre 2009.
Christophe Buffin de Chosal
