DE QUOI SOUFFRE LA BELGIQUE?
La maladie belge
Flupke : s'est entretenu avec Christophe Buffin de Chosal et lui a demandé de quoi exactement souffre la Belgique…
CBC :
La Belgique souffre de la même maladie que les autres démocraties occidentales : un dramatique manque de représentativité de l'institution parlementaire et l'obstination des gouvernements à ne pas servir le bien commun.
Flupke : Cela fait deux maladies.
CBC :
Non. Ce sont plutôt deux symptômes d'un même mal. Vu que les partis politiques ne représentent pas la population, ils forment des gouvernements au service d'intérêts particuliers. Les véritables intérêts qui font plier les décisions politiques sont ceux des partis eux-mêmes, ceux des groupes de pression et des puissances d'argent.
Flupke : La démocratie ne fonctionne donc plus correctement.
CBC :
Détrompez-vous ! La démocratie fonctionne très bien. C'est le fonctionnement normal de la démocratie de se mettre au service de minorités puissantes et organisées. La démocratie est un régime qui évolue naturellement vers une oligarchie, c'est-à-dire le pouvoir les partis politiques et de ceux qui les patronnent.
Flupke : Et pourtant les gens ne cessent de réclamer plus de démocratie…
CBC :
Quand les gens réclament plus de démocratie, ils veulent en fait plus de représentation. Or c'est justement cela que la démocratie ne peut ou ne veut pas leur donner. Cela peut paraître paradoxal, mais c'est la réalité. Les gens se sentent trahis par les leurs élites politiques. Cela se voit partout en Europe. Ils veulent qu'on tienne compte de leurs attentes, mais ils sont perpétuellement déçus et trompés par leur classe politique.
Flupke : Selon vous, la démocratie ne serait pas un système reprsentatif?
CBC : :
La démocratie est d'abord et avant tout un système de gouvernement. C'est une technique pour arriver au pouvoir et s'y maintenir. Le grand avantage de la démocratie sur la dictature est que la démocratie jouit d'une légitimité basée sur l'élection. A tout moment, un politicien ou un parti politique peut se justifier en disant : " Vous avez voté pour nous, c'est donc à vous de supporter les conséquences de votre vote". Mais comme système représentatif, la démocratie est tout à fait déficiente. Elle tient davantage de la tromperie de masse.
Flupke : Mais c'est quand même la majorité qui arrive au pouvoir.
CBC : :
La démocratie n'est pas le régime de la majorité, mais celui de la plus forte minorité. Tous les gouvernements démocratiques sont aujourd'hui des gouvernements formés par des minorités. Le parti le plus important est en général celui des abstentionnistes. En Belgique, s'ils arrivent à former un gouvernement, PS et N-VA ne font ensemble que 30% de la population belge votante, chacun ayant obtenu une quinzaine de pourcents au niveau fédéral. Et il y a eu 16% d'abstentions et de votes blancs aux dernières élections…
Flupke : Quelle preuve a-t-on de cette non représentativité dans les régimes démocratiques ?
CBC : :
Tous les référendums qui ont eu lieu récemment, en Europe, ont démontré la totale inadéquation entre la population et la classe politique. Les deux référendums en France et aux Pays-Bas à propos de la constitution européenne, le référendum en Irlande sur le Traité de Lisbonne, le référendum en Islande dans l'affaire Icesave et celui en Suisse sur les minarets. Chaque fois le résultat produit par les urnes a été critiqué ou désavoué par la classe politique du pays concerné et bien sûr par celle de l'Union européenne qui est encore moins représentative que les autres. C'est une preuve indiscutable que ces classes politiques ne représentent pas la population mais uniquement leurs intérêts propres ou ceux de leurs commanditaires.
Flupke : Comment cela : "leurs commanditaires " ?
CBC : :
Eh bien, ce n'est pas très difficile à imaginer. Pourquoi croyez-vous que l'Union européenne et certains gouvernements européens poursuivent avec acharnement le projet de faire rentrer la Turquie dans l'Union alors que, selon les sondages, plus de 70% des Européens sont contre ce projet ? Encore récemment David Cameron a pris parti en faveur de cette adhésion lors de son " voyage d'affaires " en Turquie. La classe politique européenne ne sert pas le bien des Européens. Elle est au service d'intérêts stratégiques de puissances étrangères et d'intérêts commerciaux ou industriels de puissances d'argent. L'islamisation de l'Europe est son moindre souci.
Flupke : Pour en revenir à la Belgique…
CBC : :
La Belgique souffre aussi de ce déficit de représentativité si bien que les partis qui arrivent au pouvoir ne représentent pas correctement la population. Comment se fait-il qu'un parti séparatiste et républicain fasse un beau score en Région flamande alors que les sondages montrent que les séparatistes font entre 5% et 10% de la population dans cette région ? Les Belges sont des désespérés politiques. Ils votent par dépit, par routine ou par obligation clientéliste. Ceux qui votent par conviction sont très peu nombreux et la toute grande majorité des électeurs sont manipulés par les médias. Les Belges sont las de cette foire communautaire et du dysfonctionnement chronique de l'Etat belge. Ils attribuent tout cela à leurs politiciens et ils ont raison. Ils sont gouvernés par la lie de la société. Tout le monde sait très bien qu'il n'y a pas de problèmes linguistiques entre les Belges quand la politique ne s'en mêle pas. A part quelques excités, les Belges n'ont pas d'animosité linguistique. Mais ils ont des politiciens qui ne leur ressemblent pas.
Flupke : Que faudrait-il faire ?
CBC : :
A court terme, si l'on veut sauver ce pays, il faut le doter d'une circonscription électorale fédérale. Il est parfaitement absurde que des partis régionaux qui gagnent les élections dans leur région uniquement et ne défendent que des intérêts régionaux, soient appelés à former un gouvernement fédéral. Cela ne peut pas marcher. Même s'ils arrivent à former un gouvernement cette fois-ci, ça ne tiendra pas longtemps et ce sera encore pire la prochaine fois. Une circonscription fédérale suppose que seuls des partis représentés dans toute la Belgique puissent former un gouvernement fédéral.
Flupke : Cela suppose de modifier la constitution.
CBC : :
De toute façon, ils n'ont que cela en tête. Et tant qu'ils y sont, ils pourraient ajouter le droit au référendum sur le modèle de ce qui se fait en Suisse. Si les Belges ont le référendum, ce pays est sauvé car la majorité d'entre eux est composée d'honnêtes gens pleins de bon sens.
Flupke : Et à long terme ?
CBC : :
A long terme, il faut refondre complètement les institutions de ce pays et donner à la Belgique et aux Belges des lois qui leur conviennent et qu'ils ont réellement approuvées. Un modèle fédéral convient très bien à la Belgique. C'est sous le régime d'une union de provinces que la Belgique a connu la plus grande partie de son histoire depuis les Ducs de Bourgogne.Un Etat centralisé est inadéquat et ne répond pas à la nature du pays.
Flupke : Mais la Belgique n'est-elle pas déjà un Etat fédéral ?
CBC : :
Non. La Belgique ne peut pas être un Etat fédéral car les entités fédérées ont vidé l'Etat de ses attributions naturelles. Et elles continuent de le faire car l'Etat " fédéral " est de plus en plus paralysé. En plus, il n'y a que deux régions. Il est impossible d'avoir un Etat fédéral avec deux régions car elles vont fatalement développer une dynamique antagoniste. Pour avoir un Etat fédéral qui fonctionne, il faut au minimum cinq régions. En Belgique, pour aggraver les choses, il y a une troisième région - Bruxelles - trop petite pour être une entité fédérée à part entière et qui sert de pomme de discorde aux deux autres régions.
Flupke : Telle quelle, vous pensez que la Belgique est ingouvernable ?
CBC : :
Exactement. Et il est possible qu'elle ait été rendue ingouvernable à dessein, mais cela ne veut pas dire que tout est perdu. Remettre l'Etat en question ne signifie pas qu'on doive remettre le pays en question. Si l'Etat belge, tel qu'il est maintenant, semble perdu, la Belgique est loin de l'être.
Flupke : Mais comment y arriver ?
CBC : :
Il faut le pouvoir. On attend toujours un parti populiste comme il en apparaît partout ailleurs en Europe. La Belgique est un peu à la traîne. Ce n'est pas nouveau. Mais quand il sera là, ça ira assez vite car la population est vraiment saturée de la gabegie des partis dominants.
Flupke : Vous croyez que la Belgique est capable d'un tel redressement ?
CBC : :
Oui. Les Belges sont capables de réinventer leur pays. Ils le feront à leur façon, sans tambour ni trompète. Il y a beaucoup de bonne volonté en Belgique. Sauf chez les politiciens, bien entendu. Les Belges sont capables de trouver les solutions pour une nouvelle Belgique. Il faudrait juste qu'ils ne tardent pas trop longtemps.
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