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Fondements de la crise financière

La cause fondamentale de la crise financière mondiale sans précédent que nous traversons a certes révélé de graves imperfections dans le fonctionnement du système financier, mais ces imperfections ne constituent pas la cause fondamentale de la crise.

Beaucoup plus que les valeurs financières, ce sont surtout les valeurs morales qui ont spectaculairement périclité depuis quelques décennies. C'est en réalité cette crise des valeurs morales, gravement accentuée ces dernières années, qui a entraîné le profond marasme dans lequel nous sommes actuellement précipités.

Le mensonge éhonté et le vol à très grande échelle sont hélas devenus monnaie courante dans les hautes sphères du monde des affaires et de la politique. La crise des subprimes n'est que la dernière manifestation spectaculaire d'un flagrant manque d'éthique qui n'est pas vraiment nouveau mais qui s'est malheureusement largement répandu à tous les niveaux de pouvoir économique et politique, et qui a gangrené toutes les régions de la planète et toutes les cultures.
A l'Est comme à l'Ouest, au Nord comme au Sud, à gauche comme à droite, la tricherie, la cupidité, le cynisme et la corruption ont atteint des niveaux sans précédent.

Depuis les minables magouilles d'élus socialistes carolorégiens jusqu'aux gigantesques mensonges d'État de l'administration Bush qui a entraîné une guerre sanglante après avoir pour les besoins de la cause fabriqué de toutes pièces la menace d'armes irakiennes de destruction massive qui n'ont jamais existé,
- depuis l'arnaque préméditée des escrocs Lernout et Hauspie, dans laquelle ont trempé aussi bien des politiciens en vue que des cabinets de réviseurs d'entreprises et de grandes banques belges, jusqu'à l'énorme affaire Enron, dans laquelle des dizaines de milliers de personnes modestes ont été spoliées par des top managers véreux,
- depuis le détournement par les banques suisses des fonds en déshérence des millions de Juifs victimes de la Shoah jusqu'à l'économie parallèle florissante entretenue par les grands chefs mafieux en Italie, en Russie, au Japon ou en Albanie,
- depuis l'indifférence criminelle du monde occidental devant les génocides du Cambodge, du Rwanda, du Tibet, du Darfour et du Congo jusqu'aux lâches accommodements stratégiques avec des pays totalitaires qui représentent des marchés colossaux, tels que la Chine,
- depuis les inquiétantes manipulations mentales des gourous de sectes nuisibles et sans scrupules jusqu'aux discours haineux de dangereux leaders politiques extrémistes, racistes, xénophobes, négationnistes et fanatiques,
- depuis l'hypocrisie qui tente de nous faire croire à des traders fous isolés qui auraient fait perdre des milliards à des banques sans que leur dirigeants ne se doutent de rien jusqu'aux délits d'initiés qui permettent quotidiennement à quelques fourbes pontes de la finance de rouler dans la farine des millions de petits épargnants,
- depuis le détournement de fonds de diverses ASBL et ONG par leurs propres dirigeants jusqu'au blanchiment dans les paradis fiscaux de fortunes colossales accumulées par la mafia, par les trafiquants de drogue et d'armes, par les dictateurs sanguinaires et par les chefs d'entreprise qui sont tot simplement partis avec la caisse, la malhonnêteté tous azimuts pourrit en profondeur notre monde et dépasse les clivages Nord/Sud ou libéralisme/socialisme.

Ce dont le monde a aujourd'hui besoin, c'est avant tout d'un grand sursaut moral !

Rien n'a été fait, ou en tout cas bien peu, pour lutter contre la criminalité en col blanc qui en fin de compte fait infiniment plus de ravages financiers et humains que le banditisme classique qui cambriole les coffres et attaque les fourgons de transport de fonds, et qui est encore bien plus immorale car elle ajoute au vol la tromperie et l'abus de confiance.

Mais avant de lutter contre la criminalité, ne conviendrait-il pas à la base de remettre à l'ordre du jour

les valeurs humaines fondamentales que sont la vérité, la justice, la solidarité, la générosité, la fidélité, là où trop souvent ce sont le mensonge, la loi du plus fort, l'égoïsme, la cupidité, la trahison qui prennent le pas sur toute autre considération dans cette jungle moderne où nous vivons ?

Charles Péguy a dit : " Celui qui ne gueule pas la vérité, quand il sait la vérité, se fait le complice des menteurs et des faussaires ".

On ne peut pas fermer davantage les yeux ni se taire sur le scandale des injustices et des perfidies innombrables commises autour de nous.

La très grave crise financière et bientôt économique qui secoue le monde aura en tout cas le mérite de réveiller les consciences, de nous interpeller au fond du cocon douillet où nous étions assoupis, de nous faire sortir de notre torpeur et de nous faire ouvrir les yeux sur l'essentiel, qui n'est pas d'ordre matériel !

Walter SIMONSON