Dans l'interprétation actuelle, une religion, cela signifie quelque chose relevant uniquement de la sphère privée de chaque individu. Donc, par là même, quelque chose à propos de quoi il serait inconvenant et antidémocratique de légiférer. Au demeurant aussi quelque chose appelé à s'effacer devant le Progrès si l'on en croit Auguste Comte et Karl Marx. Pour qui veut analyser un fait de civilisation, les Européens ont commis la faute, gravissime, d'ethnocentrisme.
Emmurés dans leurs idées fausses, ils n'ont pas vu naître et enfler la réislamisation en cours à la fois dans les pays musulmans et au sein de la diaspora. Ils n'ont pas mesuré l'ampleur du phénomène ni saisi sa nature.
Un aveuglement de confort du même ordre amène les Européens à nier l'existence d'une intention de conquête de leur continent. Ils ne redoutent le danger islamique que sous la forme des attentats désordonnés de la nébuleuse terroriste.
Pour avoir eu connaissance de ce plan de la bouche d'un "islamiste" en 1994 et en avoir suivi la réalisation quasiment au jour le jour depuis quinze ans, je suis en mesure d'affirmer son efficacité.
"Si les indigènes européens se révoltent, les Américains et leur alliés sauront vous imposer une solution de compromis." Mon interlocuteur m'avait révélé une stratégie de conquête subversive, "en peau de panthère", portant sur les lois, les coutumes et modes de vie, puis sur les territoires eux-mêmes: "Un jour, nous exigerons l'équivalent des "places de sûreté" qui furent accordées aux protestants au XVIème siècle", m'avait-il dit.
Dans cette phase, la violence devait être évitée. Cependant, elle pouvait être décidée ponctuellement: pour faire pression sur un gouvernement, rappeler aux pouvoirs publics la puissance de la "communauté"… À un certain moment, les peuples indigènes se rebellant, elle deviendrait inéluctable.
Mais, avait conclu mon informateur, " Si les indigènes européens se révoltent, les Américains et leur alliés sauront vous imposer une solution de compromis. " Dans ce conflit, nous avons jusqu'à maintenant perdu tous les combats sans même savoir qu'ils nous étaient livrés. Ainsi, nous avons subi une véritable déroute dans la bataille des prénoms : tout enfant immigré reçoit désormais un prénom musulman, ce qui le rattache, à jamais, ainsi que ses descendants, à la communauté musulmane.
Nous sommes en train de perdre la bataille du ramadan, qui permet de détecter les mauvais croyants et de les punir en conséquence…
Ces hommes sont des stratèges sachant jouer avec le long temps, des tacticiens rusés. Ils nous connaissent bien, alors que nous ne savons rien d'eux. Ils reçoivent des subsides des pétrodynasties, obligées de se dédouaner de leurs alliances commerciales et militaires avec l'Occident. Ils sont assurés par ailleurs du soutien des dirigeants américains, républicains et démocrates pour qui l'islamisation de l'Europe est un moyen radical d'empêcher la création d'une Europe puissante
Face à cette offensive, quelle peut être réaction des Européens ?
Tout d'abord, apprendre l'islam et l'arabe (sa langue matricielle) qui, non indo-européenne, véhicule des concepts qui ne sont pas les nôtres et dont la traduction peut être source d'erreurs catastrophiques.
Toute identité forte offre un cadre pour la réalisation de soi, un projet de développement personnel et de dépassement.
Renoncer à l'espoir d'une réforme de l'islam, qui n'est demandée par aucun musulman sinon, en Europe, par de petits malins - et qui est sans doute impossible.
Nous interroger aussi sur ce qui attire, exalte, meut les musulmans en guerre, particulièrement lesnew Born et les convertis agissant en Europe.
Le retour à cette identité ancestrale, originelle, suscite la fierté d'appartenance, par la distinction nette avec les autres, tous les autres, mais aussi par la référence à des siècles de gloire, à des victoires sur l'ancien colonisateur (le croisé), cela dans un système linguistique sémitique où l'histoire de l'islam prend place dans un inaccompli, un en-cours, qui place les faits d'hier sur le même plan que l'actualité d'ici et maintenant.
Autrement dit, l'islam offre un cadre pour la réalisation de soi ("un besoin vital de l'individu", selon le psychologue américain Abraham Maslow), un projet d'ontogenèse, et sous le signe valorisant du sacré, qui appelle au dépassement, jusqu'au sacrifice de la vie.
"L'islam représente, pour des centaines de millions d'hommes, et pour longtemps, ce qui précisément nous quitte, un ordre spirituel et moral" (Claude Imbert, Ce que je crois).
Face à ces facteurs de réislamisation, que peuvent les luttes contre la discrimination, les "plans-banlieue", les tentatives de constitution d'un islam à la française, compatible (comment?) avec les lois de la République ? Rien. Strictement rien.
À l'intérieur de leur territoire, qu'ils appliquent leur justice - la justice, une notion forte en islam - et ne cèdent rien, non seulement sur leurs valeurs, mais aussi sur leurs manières d'être (deux volets indissociables au regard de l'islam), sous peine de passer pour des hommes sans honneur, donc vaincus d'avance.
Pour l'extérieur, "justice" se dit "réciprocité": encore une notion qui sera facilement comprise par les musulmans.
À ces conditions, nous pourrions arriver très vite à une coexistence entre islam et Europe sur la base de la considération, du respect mutuel ("respect": un mot à connotation sacrée en islam).
Tirons sans attendre les leçons de l'histoire de nos défaites. Pensons au sort des Byzantins et des Perses, qui sous-estimèrent la capacité de conquête de ces Arabes qu'ils croyaient connaître et qu'ils méprisaient
.F.d'A Grimbergen Source : René Marchand, La Nouvelle Revue d'Histoire (N° 44, septembre 2009)
