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Traduction libre:
L’Islam sculpté dans la pierre : La polémique concernant la construction de la Mosquée à Cologne a un rapport direct avec l’avenir de nos villes. / De NECLA KELEK.
Frankfurter Allgemeine Zeitung 5 juin 2007
Partout où en Allemagne, on projette de construire une Mosquée représentative, la controverse s’enflamme, vu l’ampleur de la construction et son emplacement. Pour la dissidente et sociologue NECLA KELEK, la Ditib-mosquée projetée à Cologne est, en effet, une affirmation politique en béton de l’Islam.
La polémique autour de cette mosquée s’inscrit dans la même perspective que la discussion sur la signification politique et symbolique du port du voile. F.A.Z.
Ralph Giordano a commis "une faute" parce qu’il a osé mettre en doute les motifs religieux des constructeurs de la mosquée. En effet, pour lui il s’agit d’une manifestation de non-intégration.
Immédiatement il a été menacé et invectivé pour avoir offensé des sentiments religieux. De plus, il avait osé ironiser au sujet des femmes déambulant en Tchador à Cologne.
Pour tout cela, il doit être puni.
Mais Ralph GIORDANO a raison.
L’islam est et fait de la politique. Les voiles qui enserrent le visage de ces femmes, les manteaux sans couleur destinés à cacher leur corps sont une mode qui est seulement surpassée par cette tente noir, le Tchador. Ces « vêtements » transforment les femmes en un « rien » impersonnel.
En tant que musulmane, je m’insurge contre le fait que, au nom de l’Islam, les femmes doivent s’affubler d’un tel déguisement. Il n’y a pour cela pas de fondement religieux, il s’agit seulement d’une attitude politique.
Lorsque, à ANKARA on visite la plus grande Mosquée, la Kocatepe Camii, on se trouve avant tout, devant un centre commercial. Il faut traverser les magasins de pantalons et de chemises avant de trouver l’entrée de la Mosquée. C’est une tradition en Islam. D’ailleurs le prophète était lui-même un marchand ; pour beaucoup de pratiquants, la croyance repose sur un marché avec Dieu. Les mosquées, masjids sont des lieux où l’on se prosterne mais ne sont pas, dans la tradition islamique, des lieux saints. Il s’agit d’endroits où les hommes d’une communauté se rassemblent pour prier et faire des affaires.
La mosquée, dans la tradition musulmane, est un endroit social mais non-sacré. Muhammad s’y retrouvait avec ses fidèles. Le Coran ne mentionne la mosquée que dans un seul verset (24,36): (…) « dans les maisons que Dieu a permis d’élever et où son nom est invoqué, (…) ». Les mosquées, comme l’indique l’islamologue Peter Heine dans son encyclopédie islamique, permettent la réalisation de fonctions administratives : « Ici avaient lieu les réunions de communautés et, lorsque les hommes tramaient une expédition militaire, c’étaient des lieux de rassemblement».
Au cours de l’histoire, deux types de maisons de prières ont émergé, d’une part celles pour la prière quotidienne et, d’autre part, celles appelées « mosquées du vendredi » dans lesquelles on prie et où l’on écoute la prédication. Les mosquées du vendredi ont, depuis toujours eu un caractère politique, c’est là que le calife déclarait sa doctrine.
La Mosquée de Cologne est, de par sa grandeur et son installation, une « Mosquée du vendredi ».
En principe, il n’y rien à redire au fait d’ériger un tel bâtiment en Allemagne. La liberté de religion et de rassemblement est reconnue. Il suffit de demander une autorisation dans les différents Länder.
Des organisations de coordination telles que le « Mili Görus » et la « Ditib » (l’union islamique turque pour l’organisation des religions) contrôlés par la Turquie, l’ont omis. Ils construisent d’abord leurs mosquées et comptent sur une reconnaissance politique au niveau de l’Etat, presque comme s’il s’agissait d’une approbation de la Conférence islamique.
Jusqu’ici, ils se dissimulent dans des organisations culturelles et autres associations d’aide légales. De cette façon, on évite des questions ennuyeuses concernant les membres, le financement et l’influence de gouvernements étrangers sur leurs statuts. Les mosquées ne sont pas, suivant interprétation islamique, des lieux sacrés comme les Eglises et les Synagogues, mais des bâtiments multifonctionnels. On préfère taire cela, tout comme le fait que l’Islam n’est pas une Eglise.
L’Islam ne se comprend pas seulement comme une vision spirituelle mais surtout comme une idéologie, qui règle la vie de tous les jours, où politique et foi sont indissociables.
Il n’existe pas d’enseignement théologique obligatoire. En ce sens, beaucoup d'associations islamiques en Allemagne fonctionnent comme un parti de croyants, militant pour la promotion d’intérêts politiques. C’est pourquoi la demande d’un permis de construction d’une Mosquée est une demande politique. Elle part d’un droit de construction et d’association.
L’octroi d’un tel permis à une société islamique devrait être subordonné aux questions suivantes : Va-t-on s’y conformer à nos lois ? Quid de la discrimination à l’égard des femmes ? Avant tout, la mosquée sert-elle l’intégration des populations musulmanes ? Malheureusement force est de constater qu’il s’agit plutôt d’un obstacle à cette intégration. C’est surtout vrai pour les grandes Mosquées qui se développent en « Médinas ». Là, les musulmans pratiquent ce qu’ils appellent la loi de Dieu. On n'y pratique pas seulement la spiritualité pour le salut de l’âme des croyants, mais on y enseigne l’idéologie d’une autre société qui pratique la Charria.
Chez nous, les enfants apprennent le respect des lois allemandes avec leurs balises. Par contre à la Mosquée, ils apprennent à reconnaître et à différencier les croyants des non-croyants, pire il leur est inculqué que les femmes doivent servir les hommes et que les allemands sont impurs parce qu’ils mangent la viande de porc non-hallal et ne sont pas circoncis.
Ces mosquées se développent en centres, comme une petite ville qui procure tout le nécessaire. Ainsi, on y trouve l’école coranique, les denrées alimentaires, le bureau de voyage, le coiffeur, les pompes funèbres, restaurants, salons de thé, et beaucoup d’autres choses – en fait tout ce dont a besoin le musulman hors de sa maison, quand il ne veut pas seulement prier mais également s’isoler de la société allemande. Les femmes ( il pourrait y avoir une exception) ne sont tolérées que dans des pièces séparées. Une démocratie, la nôtre, exige que hommes et femmes portent ensemble dans la vie publique les même responsabilités, les mêmes droits et bénéficient des mêmes traitements. Cette séparation dans une communauté musulmane, où l’homme prie et fait ses affaires à la Mosquée et où les femmes sont cloîtrées dans leurs maisons ne peut être un modèle d’intégration.
Lorsqu’on discute de la construction d’une mosquée, il faut poser la question : qu’en est-il de l’égalité des femmes·? Aussi longtemps que les Mosquées promouvront des structures archaïques et patriarcales, de tels bâtiments ne seront pas acceptables. En conséquence, je ne comprends pas pourquoi les représentants de différents partis, qui militent pour la tolérance envers les musulmans, acceptent en même temps une telle discrimination envers les femmes. Les musulmans se plaignent souvent de devoir organiser leurs lieux de prière dans des maisons et ateliers désaffectés. Ce n’est pourtant pas discriminatoire pour un musulman. La première Mosquée fût la maison d’habitation de Muhammad à Médine : une cour avec salle ouverte en hypostyle. Ce n’est qu'après la conquête des églises chrétiennes que l’Islam a changé l’architecture des mosquées. La coupole qui décore le projet à Cologne a repris l’idée d’une tente circulaire, une pratique apparaissant après la conquête de Constantinople par les Ottomans. En adjoignant un minaret à la coupole de l’église byzantine Sainte Sophie, une église chrétienne devenait un exemple pour les mosquées turques. Minaret et coupole devenaient un signe de la domination ottomane – comme à la Mecque.
Les mosquées sont des endroits où l’on se prosterne. Dans la tradition islamique, elles ne sont pas des lieux sacrés, mais seulement des endroits où les hommes se rassemblent pour prier et faire des affaires.
Le projet de la mosquée de Cologne inclut la tradition de conquête. Une coupole ouverte avec un globe terrestre stylisé ne suffit pas à signifier une ouverture au monde. Ce qui est déterminant, c’est ce qui se passe en-dessous.
La coupole et le minaret symbolisent ainsi la prétention hégémonique, tout comme l’Islam se prétend le sceau, l’accomplissement des religions avec l’ambition de la domination mondiale. De toute façon, ce projet se situe dans la tradition Ottomane et ne présente ni dans sa forme extérieure ni dans la fonction le signe d’un quelconque renouvellement ou intégration. Les architectes ont dessiné ce que les commanditaires conservateurs ont demandé : une confirmation politique en béton de l’Islam.
La discussion autour de cette construction se situe dans la même optique que celle sur le voile. Une « Mosquée du vendredi » dans le paysage de la ville est une affirmation politique avec la même visibilité que le voile. Cela veut dire : nous sommes ici, nous sommes différents et nous avons le droit de l’être. Ils l’ont en effet. Seulement, alors, ils doivent accepter que nous demandions ce qu’ils veulent faire avec ce droit et ce qu’ils veulent faire pour cette société. Ou bien ne s'agirait-il que d’une non-intégration?
Les organisations musulmanes exigent une reconnaissance officielle. Elles veulent être mises sur le même pied que les Eglises chrétiennes. Comment peut-on exprimer cette exigence mieux qu’avec des pierres, qui signifient : voyez, nous avons les mêmes bâtiments que les chrétiens et les juifs ?
Qu’une résistance se développe est compréhensible étant donné que les musulmans ont un grand problème, celui de la crédibilité. Il y a trop d’écart entre la parole et les actes. Officiellement, ils se montrent fidèles à la loi mais, ce qui se pratique ou se pense dans les communautés est tout autre chose et est occulté. Il n’y a pas de vraie transparence.
Cela me gêne de voir comment beaucoup de représentants musulmans se présentent en Allemagne. Il y a une liste importante de problèmes sociaux : de problèmes avec la langue allemande, et dans les familles, avec l’éducation par rapport à l’égalité. Il y a le problème de la criminalité des jeunes, la violence dans les familles et l’intégration. Ces questions sont urgentes. Il est bien plus important d’affecter les millions prévus à la réponse à ces questions urgentes que de faire des démonstrations de force avec des constructions représentatives.
Comme toujours, lorsqu’on évoque ces problèmes sociaux, on soutient immédiatement qu’ils n’ont rien à voir avec l’Islam. Or, une religion qui prétend englober, par des lois et prescriptions, tous les aspects de la vie privée et publique des croyants – et ce, pendant les vingt-quatre heures de la journée, chaque jour – ne peut pas se dérober à la première occasion. Où en est cette campagne de récolte de fonds des organisations islamiques devant permettre à tous les musulmans de parler allemand ? Où en sont les initiatives pour l’éducation des plus jeunes ? Où en sont les actions en faveur de l’égalité des femmes ? Nulle part.
On a de l’argent pour des architectes, des avocats et du béton. On fonde des centres de coordination et on exige la reconnaissance, sans se soucier de ce qu'on pourrait faire pour cette société d'accueil et ainsi la remercier.
L’Islam est une réalité en Allemagne et, pour cela, une préoccupation de toute la population. Plutôt que de se sentir offensé, les musulmans devraient s’attaquer aux vrais problèmes.
Le problème de la liberté de religion par exemple : ce qui est refusé en Turquie et autres pays islamiques aux chrétiens Alévites et Araméens. La quantité de sectes et tendances religieuses en islam est à peine imaginable. Cela ne les empêche pas de déclarer qu’ils parlent d’une seule voix, c’est alors la taqiya, l’art de dissimuler, d’interpréter, de cacher et de mentir qui prend le relais : la seule vraie position à prendre face aux non-croyants !
Les promoteurs de la Mosquée de Cologne sont des représentants des autorités turques (Diyanet). Ce que la Diyanet présente en Allemagne, c’est de la politique commanditée par le gouvernement turc (l’Administration des religions turques). Et, cela, non dans l’intérêt de la majorité des musulmans qu’elle prétend représenter. Ces organisations ne doivent donc pas s’étonner quand les soucis et la méfiance grandissent. Surtout que, comme toujours, il y a des réactions qui s’insurgent devant toute remarque critique.
Pour notre société occidentale la parole de Max Frish fait autorité: « La démocratie signifie, se mêler de ses propres affaires ». L’islam est une réalité en Allemagne. C'est donc, de fait, une affaire pour toute la population. Les musulmans doivent accepter que nous leur demandions comment ils se situent par rapport aux valeurs fondamentales de notre société.
Ce que Ralph GIORDANO a fait, avec raison, à Cologne.
