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CAMERON et TURQUIE??
 
CAMERON et TURQUIE Sont-ils compatibles avec l'Union Européenne ???

Bruxelles le 30 Août 2010

La Turquie, point d'équilibre ou de rupture entre l'Union Européenne et les Proche-et Moyen Orients ?

Lors de son passage en Turquie fin juillet de cette année, le premier Ministre de Grande-Bretagne David Cameron a déclaré lors d'une conférence de presse

qu'il "était en colère quand il pensait à ce que la Turquie a fait pour défendre l'Europe en tant qu'alliée de l'Otan et à ce que la Turquie fait encore en Afghanistan aux côtés des alliés européens. Nous citons " cela me met en colère de constater que sa marche à l'adhésion puisse être découragée de pareille manière" (1)
.

On pourrait considérer qu'il y a eu interprétation exagérée de la part du journaliste puisqu'il s'agit d'un article paru dans un journal français mais il n'en est rien puisque dans "The Independent" de ce 27 juillet (2) il a ajouté (traduction) que "la Turquie étant un état séculaire et démocratique devait être accueillie par l'Union Européenne, qu'il considérait que les valeurs du vrai Islam n'était pas incompatibles avec les valeurs de l'Europe définie non pas par la religion mais bien par ses valeurs".

L'on devrait nous expliquer: Quel est le vrai islam, et quelles sont ces valeurs?

Il ne s'est pas privé d'ajouter encore d'autres arguments avancés avec d'autant plus de conviction qu'il était accompagné d'une importante délégation d'hommes d'affaires britanniques espérant ainsi qu'un tel support à l'admission de la Turquie dans l'Union Européenne l'aiderait à promouvoir les relations d'affaires avec la Grande-Bretagne. Ceci expliquant probablement cela, à tout le moins en partie.

Mais cette ardeur ne s'était pas éteinte quand il a continué son voyage aux Indes où là et sans retenue, il s'est livré à des critiques acerbes à l'endroit du Pakistan, accusant franchement ce pays de se livrer à un double jeu à l'endroit de l'Afghanistan: combat contre les Talibans dans leur fief Pashtun des "zones tribales" hors juridiction du pouvoir central (héritage de la colonisation britannique qui n'est jamais parvenue à les contrôler) tout au moins en théorie, mais pratiquant simultanément une politique de soutien dissimulée par l'intermédiaire de l'ISI , leur puissant service secret.

Comme il était encore accompagné de la même suite d'hommes d'affaires et se trouvant aux Indes dont les autorités apprécièrent ce langage, on pourrait également souligner qu'il tenait à faire progresser la vente de 45 avions d'entraînement Hawk conçus et fabriqués en Angleterre. Rien que de l'intime conviction!

Nous pourrions évidemment considérer tout cela comme étant étrange de la part du premier ministre d'un pays membre de l'Union Européenne et dont les ressortissants occupent des fonctions en vue au sein de la Commission et du Parlement Européen.

Quant à l'antienne bien connue de la dette que nous aurions contractée à l'endroit de la Turquie en tant que membre de l'Otan durant la guerre froide et qui nous a "défendus", nous croyons pouvoir affirmer que ce pays n'a pas eu l'occasion de prendre les armes durant cette longue période, entraînant ainsi une dette que nous nous devrions d'acquitter sans barguigner. Quant à la gratitude que nous devrions apporter inconditionnellement à la Turquie, nous pourrions quand même faire remarquer que la position de ce pays durant la guerre froide l'a été en fonction de SES intérêts qui coîncidaient à cette période avec les nôtres vis-à-vis de l'agressivité de l'Union Soviétique mais qu'il ne s'agissait nullement d'un dévouement particulier à l'endroit de l'Europe, par ailleurs "club chrétien" dont il convient de se méfier.

En ce qui concerne la référence de David Cameron à la participation d'un contingent turc au sein des "alliés" combattant aux côtés des Américains dans le cadre de l'Otan (dont il n'était pas prévu que le cadre d'origine puisse faire preuve d'une aussi grande souplesse d'interprétation).

Faisons seulement remarquer que la Turquie refuse tout contact de ces quelques troupes avec les Talibans qui sont également des musulmans.

Le premier ministre anglais a également fait allusion au soutien de la Turquie lors de l'intervention (tardive) de l'Otan dans les Balkans (affaire qui aurait dû et pu être réglée par les Européens seuls, au lieu de faire appel aux Américains qui ont imposés les accords de Dayton condamnés d'avance et qui, en ce moment, révèlent toute leur fragilité en attendant la décomposition annoncée de cet état hybride où l'on retrouve des Croates catholiques, des Serbes orthodoxes et des Bosniaques musulmans). On pourrait également utilement rappeler à Monsieur Cameron que la Turquie déploie actuellement une grande activité en Bosnie, au Kosovo et en Albanie où elle fait preuve d'une présence très active dans différents domaines (éducation, bourses d'études, prosélytisme religieux) mais comment ne pas aider des populations qui restent comme un mémorial à l'empire ottoman. (sujet très sensible)

Sans anticiper sur des conclusions qui se dégageront d'elles-mêmes, il est bien évident que si, cédant aux objurgations anglo-saxonnes, nous décidions d'accélérer une admission qui reste encore une hypothèse de travail, la présence en notre Union de 73 millions d'ennemis "héréditaires", porteurs d'une hostilité latente la rendrait encore plus ingouvernable. Certes, avons-nous connu en Europe des rapprochements entre pays qui sortaient d'une guerre désastreuse de Trente ans (de 1914 à 1945) mais il faut que cette volonté soit réciproque et ressentie par la population elle-même et non seulement par une classe politique au demeurant élue (donc qui peut changer de coloration) ou encore, à la vocation fragile autant qu'intéressée.

Il est également regrettable, qu'emporté par un enthousiasme teinté de "colère", il ait omis de revenir sur le refus exprimé en janvier 2003 par cette même Turquie à l'invasion de l'Irak par le Nord et à partir de leurs frontières, contraignant ainsi l'armée américaine à un changement de dispositif opéré en catastrophe et entraînant des surcoûts considérables tout autant qu'un véritable camouflet politique auquel les Américains ne s'attendaient pas. Au demeurant, aucune réaction notable puisqu'aussi bien, cette même armée à continué à emprunter la Turquie pour approvisionner une partie de ses troupes en Irak (pratiquement sept ans d'occupation) ainsi que le transit de leurs gros porteurs par la base turque d'Incirlik qui sert de relais aux gros porteurs transportant troupes et matériels vers l'Afghanistan. Les Américains avalent des couleuvres sans sourciller mais "in the American interests" ce qui explique tout mais devrait nous inciter à une réflexion à long terme "in the European interests" ?

Dans un document assez long disponible sur la toile sous le titre "Getting to Zero. Turkey, its neighbors and the West" édité par "the Transatlantic Academy" (3) mais que l'on pourrait tout aussi bien intituler "le manuel du parfait Euro-Atlantiste", on aborde également de façon directe toute une série de thèmes que nous nous proposons d'aborder en détail et qui sont autrement plus importants que les intempérances de langage d'un Premier ministre conservateur britannique (auparavant Gordon Brown et surtout "Lord" Anthony Blair bien connu pour sa dévotion à la "special relationship" de son pays avec les Etats-Unis). Nous trouvons également d'autres thèmes bien plus intéressants tels que l'argument maintes fois avancés de la Turquie en tant que "pont" entre l'Europe et le monde arabe musulman mais aussi en tant que centre de transit essentiel pour l'Europe des pipe et gaz-lines en provenance de la Caspienne ou plus loin d'Asie Centrale de façon à ne plus dépendre de la seule Russie mais il y en a d'autres qui sont soigneusement passés sous silence tels que les activités du Ministère des Cultes très actif au sein de l'immigration tout autant que des crispations dans leurs relations avec Israël et des propres dissensions politiques internes qui pourraient provoquer de sérieuses tensions entre les politiciens et l'armée turque: notamment le dossier Ergenekon qui reste très peu connu en Europe.

Tout cela compose un cocktail de facteurs qui doivent inciter les Européens à la plus grande prudence avant que de prendre une décision d'admission à l'endroit de ce pays animé de surcroît, d'un nationalisme sourcilleux.
(même le manuel du Parfait Petit Euro-Atlantiste ne peut s'empêcher d'y faire allusion).

(s) Cassandra

(1) "Le Figaro" du 27 juillet 2010 " Union européenne: Cameroun sème la discorde"

(2) "The Independent" même date: " Turkey must be welcome in EU, insists Cameron" dont notamment une phrase-clef: " The Prime Minister, who is visiting Turkey en route to India, will meet Turkish businessmen today in the hope that his support for the country's EU aspirations will help to boost trade with Britain ".

(3) Publié en février ou mars 2010 ; "Getting to Zero- Turkey its neighbors and the West" by the "Transatlantic Academy" voir site "www.transatlanticacademy ". Rapport, mise au point ou prêche d'une cinquantaine de pages: fruit d'une longue étude menée par des "chercheurs" dans différents pays et financés par le "German Marshall Fund of the United States". Fond ressuscité de ses cendres comme canal de financement par l'état américain pour des actions très variées ( La révolution Orange en Ukraine par exemple), la " die Zeit-Stiftung Ebelin und Gerd Bucerius of Germany", the Robert Bosch Stifung ains que la "Bradley Foundation". Ils remercient également l'aide apportée par l'état allemand via le "European Recovery Program (ERP) et pour terminer ce tableau, "the Compagnie of San Paolo" intervenant comme partenaire financier à partir de Mai 2009.