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Et l’Inquisition Messieurs ?

Nous ne pouvons éluder la question et pensons que la meilleure façon de l’aborder est de se demander comment nous devrions agir face à une situation semblable.

D’une part, la cohésion sociale est menacée par une hérésie touchant non seulement le monde chrétien mais également le peuple non croyant ce qui fait que le pouvoir religieux et le pouvoir séculier s’unissent pour trouver la meilleure parade. Et pour eux c’était l’Inquisition.

D’autre part dans un autre contexte, nous nous trouvons dans une situation similaire. La société se désagrège ravagée par l’individualisme, l’égalitarisme provoquant la destruction de la famille, la promotion du « multiculturalisme »  etc..
Ce qui est différent c’est que le pouvoir séculier en place  promeut cet état et un pouvoir religieux absent.

Loin de nous l’idée de proposer l’Inquisition mais il serait intéressant de connaître vos suggestions.
A toutes fins utiles, vous trouverez ci-dessous un texte résumant l’Inquisition.

Les 100 points chauds de l’Eglise
Desclée de Brouwer éd.1979
  

L’Inquisition

Depuis l'arianisme, la chrétienté n'a pas connu de crise aussi grave que l’hérésie cathare. On oublie trop souvent que l'instauration de l'Inquisition est la réponse à une situation de fait : le catharisme ronge «comme un cancer» l'Europe médiévale.

Mouvement en germe depuis le 10 siècle, ce néo manichéisme se développe lors des contacts de plus en plus fréquents avec l’Orient, à  tel  point  qu'au  début du 13e siècle, une Eglise hérétique est constituée. Sa doctrine est simple, voire simpliste: Dieu n'a pas créé le monde matériel, celui-ci est l'œuvre d'un dieu mauvais.
Tout ce qui rattache l'âme à la matière est mauvais. La réalité sacramentelle de l'Eglise est donc disqualifiée, le mariage est générateur de mal, l'Eglise visible est une manifestation satanique. Le catharisme est élitiste : car une partie seulement de ses fidèles peut vivre son idéal de total dépouillement de la matière, les autres se contentent d'espérer recevoir des Parfaits  le  consolamentum  (sorte de «confirmation») à l'heure de leur mort, L'hérésie est patente : le rejet du visible est symptomatique d'une attitude suicidaire, que ni l'Eglise, ni la société ne peuvent accepter.

D'autant plus qu'il ne s'agit pas d'une simple école de pensée. Dans le midi de la France notamment, une partie de l'aristocratie, favorable aux cathares, profita de la  nouvelle doctrine pour justifier ses exactions et ses pillages sur les infidèles et les biens d'Eglise. Le péril cathare ne paraît  pas un mythe et la solidité de son implantation se mesure à la résistance passive ou violente que rencontrèrent par la suite les Inquisiteurs malgré le secours des pouvoirs publics et parfois le soutien de la population.
Pendant plusieurs décennies, l'Eglise hésite sur le choix des moyens.

L'Inquisition épiscopale instituée à Vérone par le pape et l'empereur ne lutte que mollement contre la propagande des hérétiques. Les missions de prédication confiées à des ordres réguliers (cisterciens puis dominicains) n'obtiennent guère plus de résultats. Le déchaînement de la croisade contre le comte de Toulouse, suspecté de protéger les hérétiques, ouvrit la porte à d'énormes abus et ne fit que dresser une partie de la population des régions occupées contre le Saint-Siège, sans parvenir à isoler vraiment les hérétiques.

Les mesures extrêmes décidées par l'empereur et peu à peu acceptées et même renforcées par les papes du 13e siècle arrivent au terme de ces tâtonnements et de ces échecs. La livraison de l'hérétique au bras séculier pour être brûlé (ce qu'on appelle pudiquement Yanimadvertatio débita «le châtiment dû»), était encore impensable vingt ans plus tôt.

En quelques années, l'Eglise adopte un arsenal juridique et se dote d'un instrument répressif jamais vu dans la chrétienté : des commissions extraordinaires, sans autre titre qu'un mandat pontifical, se substitueront à toutes les autorités ecclésiales, citant clercs et laïcs et jugeant jusqu'aux défunts. L'usage généralisé de la peine de mort, la suspension des biens, des garanties juridiques, bientôt l'emploi de la torture judiciaire que Nicolas I avait pourtant condamnée en 886, l'extension des peines infamantes sur les enfants, etc., marquent un paroxysme dans la lutte contre l'hérésie. L'urgence de la situation, l'influence du droit romain, avec sa notion de lèse-majesté, la surenchère entre le pape et les souverains temporels, peuvent expliquer la brutalité de la réplique, mais ne la justifient pas. D'ailleurs l'Eglise se ressaisit rapidement.

Sans attendre que l'hérésie soit définitivement extirpée, les papes relâchèrent la pression de l'Inquisition, en désavouant au besoin leurs délégués tentés de poursuivre la lutte par tous les moyens. Peu à peu la recherche et la punition des délits contre la foi rentra dans les cadres de la législation ecclésiale.

L'évêque diocésain, responsable de la foi dans son diocèse, retrouva sa place dans les instances inquisitoriales, les droits de la défense furent à nouveau reconnus, un temps de grâce fut proclamé durant lequel les hérétiques qui acceptaient de se soumettre après la prédication de la doctrine catholique étaient libres de toute poursuite, la peine de mort fut réservée au cas des relaps.

Dans tous les autres cas, des peines diverses (pèlerinages, prières, signes d'infamie, incarcération provisoire ou définitive) étaient prononcées; on se souvint que l'hérésie ne devait être poursuivie que si elle était militante et publique.

Ce qui est en cause est l'intérêt général à préserver, mais pas à n'importe quel prix. L'inquisition est le cas extrême de la collaboration du pouvoir civil et du pouvoir religieux.

On est souvent tenté de calquer l'ensemble des rapports entre l'Eglise et l'Etat sur ce modèle. En réalité, l'Inquisition médiévale s'exprime dans un contexte très particulier, selon les modalités spécifiques non reproduisibles sur la courbe de l'histoire.

L'hérésie cathare mettait en péril, non seulement l'unité de la foi, mais aussi l'ensemble de la société (refus du serment, du travail, du mariage). On comprend que l'Eglise et les états chrétiens solidairement menacés par un mal insaisissable aient cherché à répliquer. La papauté, après avoir invité à l'utilisation des procédés traditionnels propres à éteindre l'hérésie, a dû employer les grands moyens (en mobilisant l'ensemble du peuple chrétien et en faisant largement appel au bras séculier) dans la recherche de l'hérétique.

Rien jusque-là qu'on ne puisse admettre, à moins de considérer qu'une société chrétienne n'a pas le droit de défendre les valeurs sur lesquelles elle est bâtie et dont dépend la vie des hommes, position qui relèverait d'un idéalisme impénitent. Si l'Eglise n'était pas intervenue, elle ouvrait la porte aux règlements de compte et à la répression séculière.

Reste que le bien commun de la chrétienté ne justifie pas tout : certaines méthodes manquent souvent l'objectif qu'on s'est fixé. Le bannissement semblerait dans tous les cas supérieur aux peines afflictives ou infamantes; les respects des droits de la personne humaine et notamment le for de la conscience (ce qui est puni, ce n'est pas l'opinion, mais sa mise en œuvre contre la société) devraient être préservés, ce qui n'a pas toujours été le cas, même si le pape et les conciles locaux ont fait un effort considérable pour doter l'Inquisition d'une procédure claire et équitable.

Des saints, eux-mêmes, ont participé directement ou indirectement, à l'Inquisition (saint Louis, saint Dominique) : peut être avaient-ils pressenti que cette arme double tranchant pouvait être maintenu au service de la foi, si elle était ordonnée par une pratique conforme à la justice.

Dates et Faits

11ème-12ème siècles : propagation de l'hérésie cathare dans presque toutes les régions d'Europe (Balkans, Italie du Nord, Sicile, midi de la France, Nivernais, Aragon...).
1167 : concile hérétique tenu à Saint-Félix de Caraman; les églises cathares se structurent.
1184 : l'empereur et le pape préconisent l'Inquisition (= procédure d'enquête) épiscopale comme moyen de lutter contre l'hérésie; l'évêque doit livrer le coupable au bras séculier.
1206 : saint Dominique chargé par le pape Innocent III d'évangéliser les régions cathares du midi de la France.
1208-1212 : première croisade contre les Albigeois; mal dirigée par le Saint-Siège, elle se termine en règlement de compte entre Simon de Montfort et le comte de Toulouse.
1209 : Simon de Montfort passe au fil de l'épée la population de Béziers.
1215 : le Concile de Latran met sur pied un arsenal de mesures canoniques contre les hérétiques.
1218-1219 : échec de la deuxième croisade albigeoise.
1224 : le supplice du feu appliqué officiellement aux hérétiques par une loi d'Empire (mesure tacitement acceptée par Honorius III puis officialisée par Grégoire IX).
1225-1229 : troisième croisade entre les Albigeois, dirigée cette fois par le roi de France, elle assure la suprématie des Capétiens sur le sud de la France. A la mort de Louis VIII, le légat pontifical ressaisit la direction des opérations et impose une conclusion dans le sens souhaité par le pape.
1229 : l'ordonnance Cupientes de Louis IX (saint Louis) organise en France la répression de l'hérésie et prévoit la peine capitale; le concile de Toulouse définit les règles de procédure à appliquer dans les cas d'hérésie.
1231 : une constitution de Grégoire IX aggrave la législation antérieure et crée l'Inquisition pontificale, confiée à des juges extraordinaires (le plus souvent dominicains).
1231-1238 : les Inquisiteurs, disposant des pleins pouvoirs, font régner la terreur dans les régions les plus touchées.
1238 : édit de grâce prononcé par Grégoire IX; pendant ce temps, l'empereur renforce la répression.
1243 : le Concile de Narbonne codifie les procédures inquisitoriales et garantit les droits de l'accusé.
1244 : chute de Montségur dernier bastion du catharisme.

Bibliographie
BELPERRON (P.), La croisade contre les Albigeois.
EYMERICH (N.) et PENA (F.), Le manuel des Inquisiteurs, intr., trad. et notes par L, Sa!a-Molins, Mouton Paris 1973.
Gui (B.), Manuel de l'Inquisiteur, trad. par G. Mollat, Belles Lettres Paris 1964.
NELLI (R.), Dictionnaire des hérésies méridionales et des mouvements hétérodoxes ou indépendants apparus dans le midi de la France depuis l'établissement du christianisme.
TESTAS (G. et J.), L'Inquisition, PUF, coll. Que sais-je n° 1237, Paris 1974.
Dictionnaire de théologie catholique, art. «Inquisition» (Vacandard).
MAISONNEUVE (H.), Etude sur l'origine de l'Inquisition. Paris 1960.
Cahiers de Fanjeaux n° 6 : Le Credo, la morale et l'lnquisition,Toulouse.